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« Peu importe d'être autodidacte ou pas. Le principal c'est de travailler sans cesse et d'être passionné par ce que l'on fait. »
« En tant qu'illustrateur, c'est au public que je m'adresse. »
« Le déclic vient de mon adolescence »



On trouve çà et là des biographies de toi. Sur toutes, il est mentionné que, prothésiste dentaire au départ, tu es un artiste autodidacte.
Est-ce important à tes yeux de t'être "fait tout seul" ? Ta façon de travailler est-elle marquée par cette particularité ?

MB : Je ne sais pas si c'est important... c'est plutôt un concours de circonstances. Quand j'ai dû m'orienter à la sortie de la 3ème vers un métier — je ne voulais pas prolonger mes études — je me suis renseigné sur ce que je pouvais faire dans le dessin. Mais on ne peut pas dire qu'au milieu de la Corrèze dans les année 70, il était facile d'avoir des infos intéressantes sur toutes les possibilités d'écoles que proposent les métiers de l'art. Je lisais des romans de SF, des Comics, de la BD et on me parlait des Beaux-Arts, d'être prof de dessin... bref tout ce qui ne m'intéressait absolument pas. Paradoxalement, c'est en faisant mes études de prothésiste dentaire que mon prof de dessin a vu mes peintures très SF de l'époque, et les a appréciées. C'est lui qui m'a parlé de l'aérographe que je ne connaissais pas, des écoles que j'aurais dû faire plutôt que prothésiste dentaire... « Surtout pas les Beaux-Arts » me disait-il... J'ai tout de même continué mes études mais au fond de moi, je me doutais que je finirais tôt ou tard par travailler dans le dessin. Donc, à mon avis, peu importe d'être autodidacte ou pas. Le principal c'est de travailler sans cesse et d'être passionné par ce que l'on fait.

Le gondolier noir

Quel regard portes-tu aujourd'hui sur plus de 20 ans de carrière ?

MB : Beaucoup de confusion... un parcours chaotique dû au fait qu'au début, je proposais mon travail à n'importe quel type d'éditeur. J'ai fait du polar, du roman historique, des guides touristiques, de la SF et très peu de Fantasy. Je n'ai pas cherché à m'imposer dans la SF ou la Fantasy et je le regrette. Dans les année 80, il y avait moins d'illustrateurs français spécialisés dans ce domaine que maintenant. Et il valait mieux, je pense, imposer un style graphique et rien d'autre, comme l'ont fait Manchu ou Siudmak par exemple. J'ai donc perdu du temps et pas mal ramé dans les années 90 pour essayer de m'imposer comme un spécialiste de la Fantasy.

En 2001, tu obtenais le prix du public "Visions du futur 2001". Ce prix a-t-il apporté quelque chose de significatif dans le déroulement de ta carrière ?
Quel autre prix aimerais-tu décrocher ?

MB : J'ai reçu ce prix avec un immense bonheur ! C'est le public qui a voté pour moi au milieu d'une trentaine d'autres artistes. En tant qu'illustrateur, c'est au public que je m'adresse. C'est lui qui apprécie ou pas une illustration de couverture, qui achète une BD, un Roman Graphique ou un Portfolio... Je fais beaucoup de salons avec Colexia et je côtoie ce public, fan de SF et de Fantasy et je constate combien ce genre d'illustrations est populaire bien que les médias ne s'y intéressent pas.
Ce prix compte donc beaucoup pour moi car c'est une date qui me donne une place dans la famille des artistes de l'Imaginaire.
Sinon, je ne cherche pas spécialement à obtenir un prix. Le jour où ça arrive sans qu'on s'y attende, c'est du bonheur.

Légende de l'Ulster Vignac - Borderie

En 2005 est paru chez CLAIR DE LUNE « Pern d’Ambre », une bande dessinée réalisée avec Patrick Mercadal. Quelle était ton implication dans ce projet ? Parle-nous de cette expérience.

MB : Patrick est un ami et il m'a proposé ce scénario qui me convenait parfaitement car il s'agissait de faire évoluer un héros très proche de James Bond dans un univers Fantasy. Comme je débutais à la tablette graphique, j'ai pensé qu'il serait intéressant de traiter notre BD entièrement en couleur directe, sans encrage donc. Ce fut une expérience très enrichissante car c'était ma 1ère BD. Je ne connaissais pas toutes les contraintes liées à l'informatique et j'ai eu quelques soucis à ce niveau... Mais ça m'a beaucoup appris et permis de réaliser à la suite, sur un texte de Vignac, mon Roman Graphique « Légende de l'Ulster » qui est plus proche de ce que j'aime faire dans le sens où je reste dans mon domaine de prédilection qui est l'illustration.

En 2006, tu as réalisé l'affiche des 3e rencontres de l'Imaginaires de Sèvres. Comment est-ce arrivé ? Comment as-tu abordé cette commande particulière ? Envisages-tu de travailler de nouveau sur des affiches ?

MB : J'avais fait un projet d'affiche pour ce festival en 2005 mais c'est le travail de Jeam Tag qui a été retenu. Du coup, mon projet, intitulé « Voyage » est devenu l'inédit de mon portfolio de 13 illustrations chez Colexia. L'année suivante, Jean-Luc Rivera a donc fait appel à moi seul pour réaliser cette affiche. C'est un vrai plaisir de réaliser une affiche car cela me change de l'illustration de roman. Il y a des contraintes techniques et graphiques mais on est libre d'imaginer ce que l'on veut. Je viens de réaliser l'affiche des « Imaginales 2008 » C'est un salon emblématique de la Fantasy et qui fait la part belle à l'illustration avec des expositions, une fresque organisée par Art & Fact... Et puis faire une affiche après Caza, Graffet, Siudmak ou Manchu, est un véritable honneur ! j'espère réaliser d'autres affiches à l'avenir.

Affiche des Imaginales 2008

Illustrations, affiches, BD... N'as-tu pas peur de te disperser ? Lequel de ces types de travaux a ta préférence ?

MB : Non, je n'ai pas du tout l'impression de me disperser. Tout cela représente un tout assez cohérent qui reflète bien ce qui m'intéresse dans ce travail et ce que j'aime faire.
Ma préférence reste l'illustration de romans.

On dit que le dessin est lié au domaine de l'enfance. Que gardes-tu de la tienne ? Quel est ton rapport avec les tout petits ?

MB : En ce qui me concerne, et même si j'ai toujours dessiné, le déclic vient de mon adolescence, en lisant Wells, Howard, Vance... en découvrant les artistes américains de Comics, Kirby, Buscema et les Français, Druillet, Moebius...
Le monde de l'enfance ne m'attire pas spécialement, sans doute parce que je suis peut-être un grand enfant...

De quels artistes, anciens ou contemporains te sens-tu proche ?

MB : Frazetta ! C'est le plus grand. Mon style est très éloigné mais c'est le seul artiste dont je ne me lasse pas de contempler encore et encore le travail avec une réelle fascination ! mais j'admire aussi Foss, Giger, John Howe, Brom, Michael Whelan, Yoshitaka Amano, Sparth et tellement d'autres...

Tu travailles essentiellement dans les genres de l'imaginaire. C'est un marché assez restreint. Qu'est-ce qui justifie ce choix ?

MB : C'est ce que j'aime faire, tout simplement. J'ai abandonné mon métier de prothésiste dentaire pour me consacrer à ma passion. Donc je m'y accroche.

Portfolio Dragons

On apprend incidemment que tu es passionné de bande-dessinée, mais aussi de cinéma et d’animation japonaise. Ces deux dernières passions ont-elles une influence sur tes œuvres ?

MB : Je suis tellement avide de découvertes artistiques, que je serais bien incapable de dire si cela transparaît dans mon travail... Je pense que cela forme un tout que je digère et qui doit quelque part se fondre dans mes créations.

Que lis-tu ?

MB : Des romans de SF et de Fantasy, de la BD, des Comics, du Manga...

En 2007, tu sortais chez A-r-t-B-o-o-k[ ] Editions, le Portfolio DRAGONS. Peux-tu nous en parler ?

MB : Eric m'avait demandé, en 2006, de travailler sur un portfolio sur les dragons car c'est un thème très populaire. Depuis, les livres illustrés et artbooks se succèdent sur le sujet. Je me suis enfin décidé à m'y mettre à l'été 2007. Il y a 6 illustrations dont 5 sont inédites. Je me suis vraiment fait plaisir ! J'ai aussi réalisé la maquette de la chemise. Je dois dire qu'il remporte un vif succès !

Art Book Colex'Art[3] Ô Tempora

As-tu d'autres publications en projet pour 2008 ?

MB : Mon artbook « O Tempora » paraît chez A-r-t-B-o-o-k[ ] Edition. J'ai réalisé la maquette et il y aura un panorama assez complet de ma carrière avec des commentaires, un step by step... Jean-Marc Lofficier a accepté de m'écrire un texte de 4ème de couverture. Il a côtoyé les plus grands artistes de BD et Illustrateurs et ce qu'il a écrit sur mon travail m'a beaucoup touché !

Quels seront tes grands rendez-vous de l'année ?

MB : Le salon « Imaginales » du 22 au 25 Mai 2008 sera je pense un grand moment... et beaucoup d'autres salons et festivals avec Colexia !

Des projets à plus long terme ?

MB : Peut-être un nouveau Roman Graphique... on verra ce que l'avenir me propose.